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Innovation et santé

Pourquoi les fake news en santé sont-elles si difficiles à combattre ?

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Points essentiels

  • La désinformation en santé représente aujourd’hui une part majeure des contenus trompeurs circulant en ligne.
  • Les fake news prospèrent moins grâce à leur crédibilité scientifique que grâce à leur capacité à susciter des émotions.
  • Réseaux sociaux et intelligence artificielle amplifient la vitesse et la portée de la diffusion des fausses informations.
  • La vaccination constitue un terrain privilégié de désinformation, mais le phénomène touche désormais l’ensemble du champ de la santé.
  • Les professionnels de santé doivent aujourd’hui relever un double défi : soigner et contribuer à restaurer la confiance dans l’information scientifique.

La lutte contre les maladies ne se joue plus uniquement dans les cabinets médicaux, les hôpitaux ou les laboratoires de recherche. Elle se joue aussi sur les réseaux sociaux, dans les moteurs de recherche, sur les plateformes vidéo et désormais dans les conversations avec les intelligences artificielles génératives.

Depuis la pandémie de Covid-19, la question de la désinformation en santé a pris une ampleur inédite. Vaccination, alimentation, cancer, santé mentale ou médecines alternatives : peu de sujets échappent désormais aux fausses informations, aux rumeurs ou aux discours trompeurs. Pourtant, jamais les connaissances scientifiques n’ont été aussi accessibles au grand public.

Comment expliquer ce paradoxe ? Pourquoi les fake news continuent-elles à circuler et à convaincre malgré l’accumulation des preuves scientifiques ? À l’occasion des Dialogues de la Santé 2026, organisés le 21 mai dernier à Villa M Paris, la journaliste Anne Jean-Blanc réunissait Priscille Rivière, directrice adjointe de la communication de l’Inserm, et le Pr Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale du CHU de Bordeaux, pour décrypter les ressorts d’un phénomène devenu central en santé publique : la désinformation. Au fil des échanges, les intervenants ont livré plusieurs clés de compréhension qui dépassent largement le seul sujet vaccinal.

Derrière les fake news, plusieurs réalités différentes

Toutes les informations trompeuses ne relèvent pas du même phénomène. Comme l’a expliqué le Pr Mathieu Molimard, il est essentiel de distinguer plusieurs mécanismes qui répondent à des logiques différentes mais participent tous à la diffusion d’informations trompeuses dans l’espace public.

La désinformation correspond à une volonté délibérée de tromper. Elle s’appuie sur la diffusion de contenus faux ou manipulés dans un objectif précis : générer des revenus, développer une influence, vendre des produits ou soutenir un agenda idéologique ou politique. Comme l’a résumé le pharmacologue : « La désinformation, c’est intentionnel, il y a derrière un bénéfice monétisable ou lié au pouvoir. La mésinformation, c’est le relai : on partage parce qu’on est ému, parce qu’on a peur. »

La mésinformation fonctionne différemment. Ici, les personnes qui relaient les contenus ne cherchent pas à tromper. Elles partagent simplement une information qu’elles pensent vraie, souvent parce qu’elle les a choquées, inquiétées ou émues.

Enfin, la malinformation consiste à détourner des faits réels de leur contexte afin de nuire à une personne, une institution ou une cause.

Cette distinction est essentielle. Car les producteurs de désinformation sont finalement peu nombreux. En revanche, les relais potentiels sont considérables. Chaque partage, commentaire ou republication contribue à amplifier la portée d’un message initialement trompeur.

Trois notions à distinguer

  • Désinformation : diffusion volontaire d’informations fausses.
  • Mésinformation : partage involontaire d’informations erronées.
  • Malinformation : utilisation décontextualisée d’informations réelles dans l’objectif de nuire.

Pourquoi les fake news séduisent-elles autant ?

L’une des principales forces des fake news réside dans leur capacité à mobiliser les émotions. Priscille Rivière a notamment rappelé que les contenus qui suscitent la peur, l’inquiétude ou l’indignation bénéficient souvent d’une visibilité accrue dans les environnements numériques. La peur, la colère, l’indignation ou l’inquiétude constituent des moteurs extrêmement puissants de diffusion. Lorsqu’un contenu provoque une réaction émotionnelle forte, il a davantage de chances d’être partagé rapidement, souvent sans vérification préalable.

Le domaine de la santé est particulièrement vulnérable à ce phénomène. La maladie touche à l’intégrité physique, à la souffrance, à la peur de mourir ou à celle de voir souffrir un proche. Dans ces situations, chacun cherche naturellement des réponses simples, immédiates et rassurantes. Certaines périodes de la vie exposent également davantage aux discours trompeurs. La grossesse, la naissance d’un enfant, l’annonce d’une maladie chronique ou d’un cancer constituent autant de moments de fragilité où les individus deviennent plus réceptifs aux promesses de solutions alternatives ou miraculeuses.

Les réseaux de désinformation exploitent précisément ces vulnérabilités. Ils proposent souvent des explications simples à des situations complexes et présentent leurs réponses comme plus accessibles que les recommandations scientifiques.

Réseaux sociaux et intelligence artificielle : un changement d’échelle

Les rumeurs ont toujours existé. Ce qui a changé, c’est leur vitesse de propagation. Les réseaux sociaux ont supprimé une grande partie des intermédiaires qui jouaient historiquement un rôle de filtre dans la circulation de l’information. Désormais, chacun peut produire, publier et diffuser un contenu à très grande échelle. Cette transformation a profondément modifié l’écosystème informationnel. Comme l’a souligné Priscille Rivière lors des échanges, les institutions scientifiques évoluent désormais dans un espace où experts, influenceurs, créateurs de contenus et citoyens s’expriment sur les mêmes plateformes. Une information fausse mais spectaculaire peut parfois atteindre des millions de personnes avant même qu’une correction scientifique soit publiée. Une évolution qui impose de nouveaux relais pour faire circuler une information fiable. Comme l’a souligné Priscille Rivière, « les influenceurs sont devenus des médias à part entière. Il faut les former, faire en sorte que la bonne parole, juste et scientifique, arrive jusqu’à eux ».

L’arrivée des intelligences artificielles génératives ajoute une nouvelle dimension au phénomène. Production automatisée de contenus, faux témoignages, images manipulées ou vidéos truquées rendent la frontière entre le vrai et le faux toujours plus difficile à distinguer. L’enjeu n’est pas uniquement technologique. Il est également éducatif. Développer l’esprit critique et la capacité à évaluer la fiabilité des sources devient une composante essentielle de la prévention en santé.

Chiffre clé

Plus de 40 % des contenus de désinformation circulant en ligne concerneraient le secteur de la santé.

Pourquoi la vaccination cristallise autant de fake news

Si la désinformation touche aujourd’hui de nombreux domaines, la vaccination reste l’un de ses sujets de prédilection. Ce phénomène s’explique en partie par la nature même de l’acte vaccinal. Contrairement à un traitement destiné à soigner une maladie déjà présente, la vaccination intervient chez une personne en bonne santé pour prévenir un risque futur. Cette logique préventive peut parfois sembler contre-intuitive. Elle ouvre la voie à des interrogations légitimes qui deviennent ensuite un terrain favorable aux discours trompeurs.

Les controverses autour du vaccin contre l’hépatite B, de l’aluminium dans les vaccins ou plus récemment des vaccins à ARN messager illustrent la persistance de certaines rumeurs, parfois malgré plusieurs décennies de données scientifiques. Pour Mathieu Molimard, la vaccination constitue un exemple particulièrement révélateur des mécanismes de désinformation observés aujourd’hui dans l’ensemble du champ de la santé.

L’exemple de la rougeole est à cet égard symptomatique. Malgré la démonstration répétée de l’absence de lien entre vaccination et autisme, cette affirmation continue de circuler dans certains espaces numériques. La persistance de ces croyances montre que les preuves scientifiques, à elles seules, ne suffisent pas toujours à modifier les représentations.

Restaurer la confiance, le nouveau défi de la prévention

Face à ce constat, les professionnels de santé se retrouvent confrontés à un défi inédit. Comme l’a rappelé Mathieu Molimard, « notre rôle de scientifique, c’est de fournir les informations. Si on ne le fait pas, c’est la désinformation qui domine ». Leur mission ne consiste plus seulement à produire ou transmettre des connaissances médicales. Ils doivent également contribuer à restaurer la confiance dans les sources d’information fiables.

Cette tâche est d’autant plus complexe que de nombreux experts font l’objet d’attaques, de campagnes de dénigrement ou de menaces lorsqu’ils prennent la parole publiquement. Certains choisissent alors de se retirer des réseaux sociaux, laissant davantage d’espace aux discours trompeurs. Pourtant, le silence comporte lui aussi un risque. Lorsque les voix scientifiques disparaissent de l’espace public, les contenus les moins rigoureux occupent naturellement le terrain.

La prévention de demain devra donc intégrer pleinement cette dimension informationnelle. Informer, expliquer, contextualiser et dialoguer deviennent des compétences aussi importantes que la production de données scientifiques elles-mêmes. La lutte contre les fake news n’est pas uniquement une bataille technologique ou médiatique. Elle constitue désormais un enjeu majeur de santé publique. Dans un environnement saturé d’informations contradictoires, la confiance apparaît comme l’une des ressources les plus précieuses pour protéger la santé des populations.

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Prévention & bien-être

Obésité : pourquoi la chirurgie et les nouveaux médicaments changent profondément la prise en charge

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Points essentiels

  • L’obésité est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique, multifactorielle et récidivante, loin des représentations réductrices centrées sur la seule volonté individuelle.
  • La chirurgie bariatrique reste le traitement le plus efficace dans les situations d’obésité sévère, avec des niveaux de sécurité et d’efficacité jamais atteints auparavant.
  • Les nouvelles thérapies médicamenteuses ne remplacent pas la chirurgie : elles ouvrent une logique de prise en charge multimodale et personnalisée.
  • Le véritable enjeu des prochaines années sera moins technique qu’organisationnel : structurer des parcours de soins durables capables d’assurer le suivi à long terme.
  • Malgré les innovations, seule une minorité des patients éligibles accède aujourd’hui aux traitements adaptés.

Pendant longtemps, l’obésité a été abordée comme un problème individuel relevant essentiellement du mode de vie ou du manque de volonté. Cette lecture simplificatrice continue d’ailleurs de peser sur les patients comme sur les politiques publiques. Pourtant, les connaissances scientifiques ont profondément évolué ces vingt dernières années. L’obésité est désormais reconnue comme une maladie chronique complexe, associant des mécanismes biologiques, métaboliques, environnementaux, psychologiques et sociaux.

Cette évolution du regard transforme progressivement les stratégies thérapeutiques. Réunis à l’Académie nationale de chirurgie lors d’une session consacrée aux innovations dans la prise en charge de l’obésité, les représentants de la Société française et francophone de chirurgie de l’obésité et des maladies métaboliques (SOFFCOMM) ont insisté sur un point central : la révolution actuelle ne repose pas sur une technique unique, mais sur l’émergence d’une médecine combinatoire, personnalisée et multimodale.

Dans un contexte où près de 20 % des adultes français vivent avec une obésité (50 % en tenant compte du surpoids) et où la prévalence continue d’augmenter chez les enfants, les enjeux dépassent largement la seule perte de poids. Ils concernent la prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète, de certains cancers, mais aussi la qualité de vie, l’accès aux soins et la lutte contre la stigmatisation.

L’obésité, une maladie chronique encore insuffisamment reconnue

L’un des constats les plus marquants formulés par les intervenants concerne le décalage persistant entre les connaissances médicales et la perception collective de l’obésité. Lors de cette rencontre, la chirurgienne Marie-Cécile Blanchet, présidente de la SOFFCOMM, a rappelé que l’obésité ne relevait ni d’une question esthétique ni d’un défaut de volonté, mais d’une maladie chronique « complexe, multifactorielle et récidivante ».

Cette clarification n’est pas seulement sémantique. Elle conditionne la manière dont les patients sont orientés, accompagnés et traités. Car les conséquences de l’obésité sont considérables. Les experts rappellent qu’elle augmente fortement le risque de diabète, d’hypertension artérielle, d’accidents cardiovasculaires, d’apnée du sommeil et de plusieurs cancers.

Chiffres clés

  • Plus d’un milliard de personnes vivent avec une obésité dans le monde
    • En France, environ 12 millions de personnes sont concernées
    • La prévalence a doublé chez l’adulte en trente ans
    • Elle a quadruplé chez l’enfant depuis 1990
    • L’obésité peut réduire l’espérance de vie jusqu’à huit ans

Au-delà des complications médicales, les professionnels soulignent l’impact fonctionnel et psychologique : fatigue chronique, douleurs, limitation de la mobilité, isolement social ou difficultés professionnelles. Cette dimension reste encore sous-estimée dans les parcours de soins traditionnels.

La chirurgie bariatrique entre dans une nouvelle phase

Si la chirurgie bariatrique suscite encore des représentations anxiogènes, les données présentées lors de la conférence de l’Académie nationale de Chirurgie témoignent d’une évolution majeure des pratiques. Les techniques sont devenues beaucoup moins invasives et les niveaux de sécurité ont fortement progressé.

Le professeur Robert Caiazzo a rappelé que la mortalité opératoire se situe aujourd’hui à des niveaux extrêmement faibles, inférieurs à un décès pour mille interventions à six mois. Cette amélioration résulte à la fois des progrès techniques, de la spécialisation des centres et d’une meilleure compréhension des mécanismes physiologiques impliqués dans l’obésité.

La chirurgie ne repose plus uniquement sur une logique mécanique de restriction alimentaire. Les équipes travaillent désormais sur plusieurs leviers métaboliques complémentaires : régulation hormonale, absorption intestinale, satiété, équilibre glycémique ou microbiote. Cette approche physiologique ouvre la voie à des interventions plus ciblées et plus personnalisées.

Parallèlement, l’endoscopie prend une place croissante dans les stratégies thérapeutiques. Moins invasive qu’une chirurgie classique, elle permet d’élargir les options proposées aux patients, notamment dans certaines situations intermédiaires. Les intervenants insistent toutefois sur un point essentiel : il ne s’agit pas de remplacer une technique par une autre, mais de construire une « carte thérapeutique » adaptée à chaque profil patient.

L’ambulatoire transforme aussi la chirurgie de l’obésité

Autre évolution importante : le développement de la chirurgie ambulatoire. Alors qu’un patient restait hospitalisé plusieurs jours il y a encore quelques années, certains centres réalisent désormais ces interventions sur une seule journée.

Les équipes lyonnaises ont notamment présenté des parcours permettant une sortie le soir même après l’intervention, grâce à une préparation renforcée et à des outils de télésurveillance connectée.

Cette évolution répond à plusieurs objectifs. D’abord, réduire les risques liés à l’hospitalisation prolongée chez des patients souvent fragiles. Ensuite, améliorer le confort psychologique en favorisant un retour rapide au domicile. Enfin, optimiser les capacités hospitalières dans un contexte de tension sur les lits.

Points de vigilance sur l’ambulatoire

La chirurgie ambulatoire ne signifie pas absence de suivi. Les équipes rappellent plusieurs conditions indispensables :

  • sélection adaptée des patients
  • préparation préopératoire renforcée
  • télésurveillance médicale après la sortie
  • coordination avec les professionnels de proximité
  • accompagnement nutritionnel et psychologique durable

Cette logique de parcours devient centrale. Les chirurgiens insistent sur le fait que l’efficacité ne repose plus uniquement sur l’acte opératoire lui-même, mais sur la continuité du suivi avant et après intervention.

Les nouveaux médicaments ouvrent une médecine multimodale

L’arrivée des nouvelles thérapies médicamenteuses constitue probablement la transformation la plus visible de ces dernières années. Les analogues du GLP-1 (médicaments agissant sur l’hormone de la satiété) et les traitements de nouvelle génération modifient profondément le paysage thérapeutique de l’obésité.

Pour autant, les spécialistes refusent toute opposition caricaturale entre médicaments et chirurgie. Au contraire, ils défendent une logique de complémentarité. L’un des intervenants compare ainsi cette évolution à celle de l’oncologie : la chirurgie n’a pas disparu avec l’arrivée de la chimiothérapie ou de la radiothérapie, mais elle s’intègre désormais dans une stratégie multimodale.

Les médicaments peuvent intervenir à plusieurs moments du parcours :

  • avant une chirurgie pour réduire les risques opératoires
  • comme traitement principal dans certaines situations
  • après chirurgie en cas de reprise pondérale
  • dans des stratégies de maintien à long terme

Les experts rappellent cependant une réalité encore mal comprise : ces traitements doivent souvent être poursuivis durablement. L’arrêt entraîne fréquemment une reprise pondérale importante.

Comme l’a souligné le Dr Fabien Stenard lors de cette rencontre, « il ne faut absolument pas opposer les médicaments à la chirurgie ». Selon lui, l’enjeu consiste désormais à construire des stratégies thérapeutiques complémentaires, capables d’accompagner les patients sur le long terme.

Cette question soulève un défi majeur d’éducation thérapeutique. Beaucoup de patients continuent de considérer ces médicaments comme des solutions temporaires, alors que les spécialistes parlent désormais d’un traitement chronique comparable à celui du diabète ou de l’hypertension.

Le véritable défi : organiser des parcours de soins durables

Au fond, le principal enjeu des prochaines années pourrait être moins technologique qu’organisationnel. Tous les intervenants convergent sur ce point : sans parcours coordonné, les innovations thérapeutiques risquent de produire des résultats insuffisants.

La France dispose aujourd’hui de centres labellisés capables d’assurer un suivi multidisciplinaire associant chirurgiens, nutritionnistes, psychologues et diététiciens. Mais les besoins restent immenses et les ressources encore limitées.

Le suivi au long cours constitue un point particulièrement sensible. Beaucoup de patients interrompent leur accompagnement lorsqu’ils se sentent mieux, parfois par lassitude, parfois parce qu’ils souhaitent tourner la page de la maladie.

Or l’obésité reste une maladie récidivante nécessitant une surveillance prolongée.

Les professionnels plaident ainsi pour une évolution des représentations collectives. L’objectif n’est plus seulement de « perdre du poids », mais d’entrer dans une logique de rémission durable, avec des ajustements thérapeutiques précoces avant les reprises pondérales majeures.

Cette approche pourrait modifier profondément la médecine de l’obésité dans les années à venir. Non plus une succession d’échecs et de reprises de poids, mais une prise en charge continue, personnalisée et progressive, comparable à celle des autres maladies chroniques.

L’enjeu est considérable. Car malgré les progrès thérapeutiques, les experts rappellent qu’une immense majorité des patients concernés n’accède toujours pas aux soins adaptés. La révolution médicale est engagée. Reste désormais à la rendre réellement accessible.

Pour compléter votre lecture : Pitch Villa M “La maladie obésité ni une faute, ni une fatalité” 

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Prévention & bien-être

Diabète de type 2 : pourquoi l’hérédité change la donne en prévention

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Points essentiels

  • Le risque de diabète de type 2 est multiplié par trois en présence d’un antécédent familial direct
  • L’hérédité n’est pas une fatalité : elle interagit fortement avec les modes de vie
  • Le dépistage reste trop tardif, souvent au stade des complications
  • Les stratégies de prévention les plus efficaces sont collectives, territoriales et coordonnées
  • Les outils simples comme le score Findrisc permettent d’agir avant l’apparition de la maladie

Le diabète de type 2 reste souvent abordé sous l’angle du mode de vie, avec une équation désormais bien connue associant alimentation, activité physique et sédentarité. Pourtant, la 15e Semaine nationale de prévention du diabète, organisée par la Fédération Française des Diabétiques avec la CNAM et la DGS, remet au centre du débat un facteur longtemps sous-estimé dans les stratégies de prévention : l’hérédité.

Ce choix n’est pas anodin. Il traduit une évolution profonde de la compréhension du diabète, désormais envisagé comme une maladie multifactorielle où la génétique ne détermine pas le destin, mais façonne une vulnérabilité sur laquelle il devient possible d’agir.

L’hérédité, un facteur de risque structurant mais non déterminant

Le lien entre histoire familiale et diabète de type 2 est aujourd’hui solidement établi. Le risque est multiplié par trois lorsqu’un parent du premier degré est atteint, et peut dépasser 50 % lorsque les deux parents sont concernés. Cette réalité épidémiologique est désormais intégrée dans les outils de dépistage comme le score Findrisc, utilisé à grande échelle pour identifier les populations à risque.

Pour autant, réduire le diabète à une transmission génétique serait une erreur d’analyse. Comme le rappelle le Pr Samy Hadjadj, chef du service endocrinologie, diabétologie et nutrition au CHU de Nantes, la progression rapide de la prévalence ne peut s’expliquer par la seule génétique. Elle reflète l’interaction entre des prédispositions biologiques et des transformations environnementales majeures, notamment en matière d’alimentation, d’urbanisation et de modes de vie.

L’hérédité doit donc être comprise comme un signal d’alerte, non comme une condamnation. Elle indique un terrain plus fragile, mais aussi une fenêtre d’intervention plus précoce.

Hérédité et diabète de type 2

L’hérédité correspond à la transmission de facteurs génétiques qui augmentent la probabilité de développer une maladie. Dans le diabète de type 2, il ne s’agit pas d’un gène unique mais d’une combinaison de variants génétiques associés à des facteurs environnementaux.

Du risque à la maladie : un continuum encore mal anticipé

L’un des constats majeurs mis en lumière lors de cette conférence concerne le retard persistant au diagnostic. Aujourd’hui, plus d’un quart des personnes diabétiques sont diagnostiquées au stade des complications. Dans le même temps, 30 % des entrées en dialyse se font en urgence, sans suivi préalable.

Ces chiffres traduisent une difficulté structurelle à penser la maladie dans sa phase silencieuse. Le diabète s’inscrit pourtant dans un continuum allant des facteurs de risque à la polypathologie, en passant par des états intermédiaires comme le prédiabète.

Cette approche longitudinale est essentielle. Elle rappelle que la prévention ne se limite pas à éviter la maladie, mais consiste à intervenir à chaque étape de son évolution. Repérer, suivre, accompagner : trois leviers indissociables.

Chiffres clés

  • 4,5 millions de personnes traitées pour un diabète en France
  • 800 000 personnes seraient diabétiques sans le savoir
  • 24 milliards d’euros de coût annuel direct
  • 1 diabétique sur 2 décède d’une complication cardiovasculaire

Prévenir autrement : agir sur les environnements familiaux

L’un des apports les plus concrets des échanges réside dans le changement d’échelle proposé pour la prévention. Plutôt que de cibler uniquement l’individu, les professionnels de santé plaident pour une approche familiale et environnementale.

En médecine générale, cela se traduit par une prise en charge élargie. « On n’hérite pas d’une maladie mais d’une vulnérabilité », rappelle la Dre Delphine Secrét-Pouliquen, médecin généraliste, vice-présidente de la Fédération des CPTS qui insiste sur l’importance d’intégrer les habitudes de vie partagées au sein des familles.

Alimentation, activité physique, rapport au soin : autant de déterminants qui se construisent collectivement et peuvent être modifiés. Les programmes associant parents et enfants, les ateliers nutritionnels ou les parcours d’activité physique encadrée illustrent cette évolution vers une prévention plus contextualisée.

La coordination des acteurs, condition d’une prévention efficace

Cette transformation ne peut reposer sur un acteur isolé. Elle suppose une coordination renforcée entre professionnels de santé, structures territoriales et institutions.

Les Communautés professionnelles territoriales de santé jouent ici un rôle structurant. Elles permettent de relier dépistage, orientation et accompagnement, évitant les ruptures de parcours encore trop fréquentes. Le pharmacien, par exemple, peut identifier un risque via un test, mais doit pouvoir orienter immédiatement vers un médecin ou un spécialiste.

Cette logique de réseau s’étend également à l’Assurance maladie, qui développe des stratégies de repérage des patients en rupture de suivi, et aux associations de patients, qui assurent un rôle clé dans l’éducation et l’accompagnement.

Au fond, la prévention du diabète devient un objet collectif, qui dépasse le cadre strict du soin pour intégrer des dimensions sociales, territoriales et organisationnelles.

Vers une médecine de précision en prévention

Enfin, les avancées en génétique ouvrent des perspectives nouvelles. Les approches polygéniques permettent désormais d’estimer un risque individuel à partir de la combinaison de nombreux variants génétiques.

Si ces outils restent encore limités dans leur usage clinique, ils esquissent une évolution vers une prévention plus personnalisée. L’enjeu n’est plus seulement d’identifier des populations à risque, mais de proposer des stratégies adaptées à chaque profil.

Cette médecine de précision en prévention pourrait, à terme, transformer les pratiques. À condition toutefois de ne pas perdre de vue l’essentiel : le poids déterminant des facteurs modifiables.

En bref

Mettre l’hérédité au cœur de la prévention du diabète de type 2, c’est déplacer le regard. Non plus considérer la maladie uniquement comme le résultat de comportements individuels, mais comme l’expression d’interactions complexes entre biologie, environnement et organisation des soins.

Ce changement de perspective ouvre des opportunités concrètes pour les professionnels de santé. Il invite à repérer plus tôt, à intervenir plus largement et à coopérer davantage.

Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si l’on peut prévenir le diabète, mais comment organiser collectivement cette prévention pour qu’elle devienne réellement efficace, équitable et durable.

Pour approfondir les enjeux de prévention des maladies chroniques, découvrez également les replays des Pitchs des Dialogues de la Santé consacrés aux maladies cardiovasculaires et à l’obésité.

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Prévention & bien-être

Prévenir les allergies : comment la recherche explore la piste vaccinale

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Points essentiels

  • Les allergies concernent aujourd’hui près de 18 millions de Français et leur prévalence continue d’augmenter.
  • Derrière des symptômes parfois banals se cachent des mécanismes immunologiques complexes pouvant conduire à des réactions graves comme l’anaphylaxie.
  • Les traitements actuels agissent surtout sur les symptômes ou reposent sur l’évitement des allergènes.
  • La recherche explore désormais une piste prometteuse : prévenir les allergies en orientant la réponse immunitaire, à la manière d’un vaccin.

Chaque année, avec l’arrivée du printemps, les allergies réapparaissent dans l’actualité sanitaire. Pollens, crises d’asthme, antihistaminiques en pharmacie : la saison rappelle à des millions de personnes la fragilité de leur système immunitaire face à des substances pourtant banales. Ce retour cyclique pourrait laisser penser qu’il s’agit d’un problème mineur, presque inévitable.

Pourtant, la réalité est toute autre. Les maladies allergiques constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. En France, elles touchent près de 18 millions de personnes, dont plusieurs millions sous des formes sévères. À l’échelle européenne, ce sont environ 70 millions d’individus qui vivent avec une allergie, parfois accompagnée d’asthme ou de réactions potentiellement mortelles.

Comment expliquer que le système immunitaire puisse se retourner contre des substances inoffensives comme un pollen, un aliment ou un médicament ? Et surtout, peut-on imaginer demain prévenir les allergies plutôt que simplement les traiter ?

Ces questions étaient au cœur d’un Pitch des Dialogues de la Santé organisé le 19 février 2026 à Villa M Paris consacré aux maladies allergiques. Invité de cette rencontre, Dr Pierre Bruhns, directeur de l’unité Anticorps en thérapie et pathologie à l’Institut Pasteur, y a présenté l’état des connaissances scientifiques sur les mécanismes immunologiques à l’origine des allergies ainsi que les pistes de prévention actuellement explorées par la recherche.

Quand le système immunitaire se trompe de cible

Le rôle du système immunitaire est de protéger l’organisme contre les agents pathogènes. Virus, bactéries ou parasites sont normalement identifiés comme des menaces et neutralisés grâce à différents mécanismes de défense, notamment la production d’anticorps.

Dans les allergies, ce système de protection s’emballe.

« Dans le cas des allergies, le problème est que le système immunitaire produit des anticorps contre des substances qui ne devraient pas être considérées comme dangereuses », explique le Dr Pierre Bruhns.

Ces anticorps appartiennent principalement à une catégorie spécifique : les immunoglobulines E, ou IgE. Elles se fixent à la surface de certaines cellules immunitaires, en particulier les mastocytes et les basophiles.

Lorsqu’un allergène est rencontré à nouveau, ces cellules sont activées et libèrent une cascade de molécules inflammatoires.

« Lorsque l’allergène est reconnu par les IgE fixées sur certaines cellules du système immunitaire, cela déclenche leur activation et la libération de molécules comme l’histamine », précise le chercheur.

Ce sont ces médiateurs chimiques qui provoquent les manifestations allergiques : démangeaisons, inflammation, production de mucus ou contraction des muscles des bronches.

Des manifestations très diverses, parfois graves

Le terme « allergie » recouvre en réalité des situations très différentes.

L’asthme allergique en est l’une des formes les plus fréquentes. Dans cette pathologie, l’inflammation des bronches provoque un rétrécissement des voies respiratoires. Les patients peuvent ressentir une oppression thoracique, une respiration sifflante, une toux persistante ou des crises nocturnes.

Dans certains cas, les réactions allergiques peuvent devenir beaucoup plus sévères. C’est le cas de l’anaphylaxie, une réaction généralisée qui peut engager le pronostic vital.

Définition : qu’est-ce que l’anaphylaxie ?

Réaction allergique aiguë et généralisée pouvant provoquer des difficultés respiratoires, une chute brutale de la tension artérielle ou un gonflement des voies aériennes.

« L’anaphylaxie est une réaction brutale et immédiate qui peut conduire à la mort entre trente minutes et deux heures après l’exposition à l’allergène », souligne le Dr Pierre Bruhns.

Les allergies alimentaires représentent une cause fréquente d’anaphylaxie chez l’enfant et l’adolescent. Chez l’adulte, ce sont souvent certains médicaments qui déclenchent ces réactions sévères.

 

Pourquoi les allergies augmentent-elles ?

Depuis plusieurs décennies, les maladies allergiques progressent dans de nombreux pays.

Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer cette évolution. L’une des plus discutées est l’hypothèse dite hygiéniste. Elle suggère que les environnements modernes, très contrôlés sur le plan sanitaire, exposent moins les enfants aux microbes au cours de leurs premières années de vie.

Or ces expositions précoces participent à l’apprentissage du système immunitaire. Lorsque cette éducation est insuffisante, celui-ci pourrait développer des réactions inappropriées face à des substances normalement tolérées.

D’autres facteurs sont également étudiés : pollution atmosphérique, évolution de l’alimentation, transformations du microbiote intestinal ou modifications globales du mode de vie.

Chiffres clés des allergies

  • 18 millions de Français souffrent d’allergies
  • 3,6 millions présentent des formes sévères
  • environ 70 millions d’Européens sont concernés
  • au moins 17 millions vivent avec une allergie alimentaire

 

Des traitements encore principalement symptomatiques

La prise en charge actuelle des allergies repose sur plusieurs stratégies.

La première consiste à éviter l’allergène responsable. Cette approche peut être efficace mais reste difficile à mettre en œuvre dans certaines situations, notamment lorsque l’exposition est environnementale.

Les traitements médicamenteux constituent la deuxième ligne de prise en charge. Antihistaminiques, bronchodilatateurs ou corticoïdes permettent de réduire les symptômes mais n’agissent pas sur la cause de la maladie.

Une troisième approche, l’immunothérapie allergénique, consiste à exposer progressivement les patients à de faibles doses de l’allergène afin de modifier la réponse immunitaire. Cette stratégie est déjà utilisée pour certaines allergies respiratoires ou pour les venins d’insectes, mais elle reste longue et ne fonctionne pas chez tous les patients.

La piste vaccinale : réorienter la réponse immunitaire

Face à ces limites, la recherche explore aujourd’hui de nouvelles stratégies thérapeutiques. L’une des pistes les plus prometteuses consiste à intervenir directement sur les mécanismes immunitaires à l’origine des allergies.

L’idée s’inspire du principe de la vaccination, mais avec un objectif différent. Il ne s’agit pas de stimuler la réponse immunitaire, mais de la réorienter.

« L’idée est d’orienter la réponse immunitaire différemment afin d’empêcher la production d’anticorps IgE responsables des réactions allergiques », explique le Dr Pierre Bruhns.

Certaines stratégies cherchent ainsi à favoriser la production d’autres types d’anticorps capables de neutraliser l’allergène avant qu’il n’active les cellules impliquées dans la réaction allergique. D’autres approches visent à moduler directement l’activité des cellules immunitaires responsables de ces réponses.

À terme, l’objectif serait d’intervenir très tôt chez les personnes à risque afin d’empêcher l’installation durable de la maladie allergique.

Vers une médecine de prévention des allergies

Longtemps considérées comme des pathologies saisonnières ou bénignes, les allergies apparaissent aujourd’hui comme des maladies immunologiques complexes dont l’impact ne cesse de croître.

Les recherches menées dans des centres comme l’Institut Pasteur témoignent d’un changement de perspective : comprendre finement les mécanismes du système immunitaire pourrait permettre non seulement de traiter les allergies, mais aussi de les prévenir.

Dans cette optique, les approches inspirées de la vaccination ouvrent une voie prometteuse. Elles pourraient, à terme, transformer la manière dont ces maladies sont prises en charge, en passant d’une logique de gestion des symptômes à une véritable stratégie d’anticipation.

 

Article rédigé à partir de la transcription du Pitch des Dialogues de la Santé « Prévenir les allergies : la piste vaccinale ? ». 19 février 2026 à Villa M Paris. 

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Prévention & bien-être

Maladies cardiovasculaires chez les femmes : sortir des angles morts

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Points essentiels

  • Les maladies cardiovasculaires sont responsables d’1 décès sur 5 chez les femmes, soit environ 200 morts par jour en France
  • Après un infarctus, la mortalité féminine est presque deux fois plus élevée que chez les hommes
  • Les symptômes, souvent moins typiques, contribuent à des retards de diagnostic et de prise en charge
  • Les étapes hormonales comme la grossesse ou la ménopause modifient profondément le risque
  • Jusqu’à 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées grâce à la prévention

Les maladies cardiovasculaires constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, particulièrement chez les femmes. À l’occasion d’un Pitch des Dialogues de la Santé organisé à Villa M Marseille, le Pr Gabrielle Sarlon, cheffe du service de Médecine vasculaire et Hypertension artérielle au CHU de la Timone (AP-HM), et le Dr Dominique Marziale, cardiologue à l’Hôpital Saint-Joseph de Marseille ont partagé leur expérience clinique et leurs analyses sur un constat encore trop peu intégré dans les pratiques : le risque cardiovasculaire féminin reste largement sous-estimé, avec des conséquences concrètes en termes de diagnostic et de prise en charge.

Une réalité épidémiologique en décalage avec les perceptions

Les chiffres sont sans équivoque. « Une Française sur cinq meurt d’une maladie cardiovasculaire », rappelle le Pr Gabrielle Sarlon, soit près de 200 décès par jour. Ces pathologies représentent ainsi une cause majeure de mortalité, bien devant des maladies pourtant plus médiatisées.

Ce décalage tient en partie à une construction historique des savoirs médicaux. « Les femmes ont longtemps été les grandes oubliées de la cardiologie », souligne le Dr Dominique Marziale. Pendant des années, les modèles de compréhension et de traitement ont été élaborés à partir de données masculines, laissant dans l’ombre les spécificités féminines.

Cette invisibilisation se prolonge dans les représentations individuelles. Le Pr Gabrielle Sarlon insiste sur ce point : « Les femmes ne sont pas toujours conscientes que la pilule, la grossesse ou la ménopause sont des situations à risque cardiovasculaire ». Cette méconnaissance retarde le recours aux soins et complique la prévention.

Des manifestations cliniques qui brouillent les repères

L’un des enjeux majeurs réside dans la reconnaissance des symptômes. Les formes féminines de maladie cardiovasculaire ne correspondent pas toujours aux schémas classiques.

Le Dr Dominique Marziale le précise : « Oui, il peut y avoir une douleur thoracique, mais aussi fatigue inhabituelle, gêne respiratoire, malaise, symptômes diffus ». Cette diversité clinique peut retarder l’identification d’un événement aigu, notamment en situation d’urgence.

Ce décalage se traduit concrètement par des pertes de chance. Les symptômes étant plus diffus ou moins immédiatement identifiés comme cardiaques, ils peuvent être interprétés à tort comme des malaises bénins. Ce flou contribue à retarder la reconnaissance de la gravité de la situation et, par conséquent, la prise en charge. Derrière cette réalité, c’est toute la question du retard diagnostique qui est posée.

À cela s’ajoutent des spécificités physiopathologiques. Les atteintes des petits vaisseaux, les spasmes ou les dysfonctionnements endothéliaux sont plus fréquents chez les femmes. « Il faut adapter notre regard clinique », insiste le cardiologue, rappelant que certains examens peuvent être faussement rassurants.

Des étapes de vie qui reconfigurent le risque

Le risque cardiovasculaire féminin évolue en fonction des grandes étapes hormonales. « Le risque n’est pas linéaire », rappelle le Dr Dominique Marziale. Il se transforme au fil de la puberté, des cycles hormonaux, de la contraception, de la grossesse et de la ménopause.

La grossesse constitue un moment charnière. « Elle agit comme un révélateur », explique-t-il. Des complications comme la prééclampsie ou le diabète gestationnel doivent être interprétées comme des signaux précoces de vulnérabilité cardiovasculaire.

La période post-partum représente également un enjeu de suivi. « Le but, c’est dix minutes, quinze minutes : on se pose, on explique », insiste le cardiologue, soulignant l’importance de ne pas perdre ces patientes de vue après l’accouchement.

La ménopause marque une rupture tout aussi structurante. Le Pr Gabrielle Sarlon le formule simplement : « Après la ménopause, tout change : tension, cholestérol, sucre ». Cette évolution rapide du profil de risque nécessite un accompagnement spécifique et anticipé.

Points de vigilance

Certaines situations nécessite un suivi renforcé :

  • Antécédents de complications pendant la grossesse
  • Ménopause précoce
  • Pathologies hormonales comme le SOPK ou l’endométriose
  • Association de plusieurs facteurs de risque

Prévention : un levier encore sous activé

La marge de progression en matière de prévention reste considérable. Une large majorité des maladies cardiovasculaires pourrait être évitée grâce à une action plus précoce et plus systématique sur les facteurs de risque. Cet écart entre ce qui est connu et ce qui est réellement mis en œuvre souligne un enjeu central pour les pratiques de soins comme pour les politiques de santé publique.

Pour le Dr Dominique Marziale, le message est clair : « On ne peut pas banaliser un cholestérol élevé, une tension limite ou une sédentarité ». La prévention repose d’abord sur l’identification et le contrôle rigoureux des facteurs de risque.

Le tabac occupe une place centrale. « Le tabac est un facteur majeur, particulièrement nocif chez la femme », insiste-t-il. L’activité physique constitue un autre levier essentiel, décrite comme « un véritable médicament », tout comme la réduction de la sédentarité.

Au-delà des facteurs classiques, la santé mentale s’impose comme un déterminant clé. « Le stress chronique, la dépression et la charge mentale sont de véritables facteurs de risque cardiovasculaire », rappelle le cardiologue. Cette dimension élargit le champ de la prévention à des enjeux psychosociaux encore insuffisamment intégrés.

Cinq repères essentiels pour réduire son risque cardiovasculaire

  • Connaître son histoire familiale
    L’hérédité est un déterminant majeur du risque cardiovasculaire. Identifier les antécédents familiaux permet d’orienter le niveau de vigilance et d’anticiper un suivi adapté.
  • Surveiller sa tension artérielle
    Une mesure régulière, au moins annuelle à partir de 40 ans, est essentielle. En présence d’antécédents, cette surveillance doit débuter plus tôt. L’hypertension reste un facteur de risque fréquent et souvent asymptomatique.
  • Réaliser un bilan biologique régulier
    Le suivi du cholestérol, de la glycémie et de la fonction rénale permet de détecter précocement les déséquilibres et d’intervenir avant l’apparition de complications.
  • Intégrer la marche dans le quotidien
    L’activité physique ne nécessite pas nécessairement une pratique sportive intensive. La régularité d’une activité simple comme la marche constitue déjà un levier efficace de prévention.
  • Se faire accompagner en cas de facteurs de risque
    Tabac, consommation d’alcool, stress chronique ou habitudes de vie délétères nécessitent un accompagnement adapté. L’accès à un soutien professionnel fait partie intégrante d’une stratégie de prévention efficace.

Mieux coordonner pour mieux prévenir

L’amélioration de la prévention passe également par une transformation des parcours de soins. « Il faut des actions transversales », souligne le Dr Dominique Marziale, appelant à une meilleure coordination entre gynécologues, médecins généralistes, cardiologues et autres professionnels de santé.

L’enjeu est d’éviter les ruptures de suivi, en particulier après des événements à risque. Le Pr Gabrielle Sarlon rappelle qu’« il existe des retards diagnostiques et des méconnaissances » qui pèsent directement sur le pronostic des patientes.

Cette approche coordonnée suppose également une évolution des connaissances scientifiques, avec davantage d’études dédiées aux femmes pour adapter les stratégies de prévention et de traitement.

La santé cardiovasculaire des femmes met en lumière les limites d’une approche longtemps standardisée. Les spécificités existent, les facteurs de risque sont identifiés, les leviers de prévention sont connus. Reste à les intégrer pleinement dans les pratiques.

« Il faut d’abord briser les dogmes », affirme le Dr Dominique Marziale, invitant à dépasser l’idée d’un risque secondaire chez la femme.

Pour les professionnels de santé, cela implique d’ajuster le regard clinique, de renforcer le dépistage et de structurer les parcours. Pour les patientes, l’enjeu est de s’approprier ces informations et de reconnaître des signaux encore trop souvent banalisés. C’est à cette condition que les pertes de chance pourront être réduites de manière durable.

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Prévention & bien-être

Santé mentale : les soignants et les étudiants en santé au bord de la crise de nerfs

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Points essentiels

  • La souffrance psychologique des soignants n’est plus marginale mais structurelle, inscrite dans l’organisation du travail.
  • Le silence et l’isolement demeurent les principaux freins à la prévention et à l’accès à l’aide.
  • Les internes cumulent des facteurs de vulnérabilité extrêmes, encore largement sous-estimés.
  • Les dispositifs d’écoute fonctionnent lorsqu’ils garantissent confidentialité, neutralité et sortie du cadre hiérarchique.
  • La prévention de la santé mentale engage autant la transformation des organisations que l’accompagnement individuel.

La santé mentale des soignants s’est imposée ces dernières années dans le débat public à la faveur des crises successives de notre système de santé. Mais derrière la reconnaissance institutionnelle et les discours de principe, le quotidien des professionnels reste marqué par une souffrance diffuse, durable et souvent tue. Burn-out, troubles anxieux, dépression, isolement, addictions ou idées suicidaires ne relèvent plus de situations marginales : ils dessinent une fragilisation profonde et épuisement des collectifs de travail et des trajectoires professionnelles.

C’est pour parler de cette réalité que s’est tenue, à Marseille en mai 2025, une table ronde des Dialogues de la Santé consacrée à la santé mentale des professionnels de santé. Quatre regards complémentaires ont structuré les échanges autour du Dr Jean-Marc Chabannes, psychiatre hospitalier et vice-président de la Commission médicale d’établissement de l’AP-HM, le Dr Florence Bajon, médecin du travail à l’AP-HM et spécialiste de la qualité de vie au travail, le Dr Benjamin Bigot, interne en médecine d’urgence et représentant des internes à la CME du CHU de Poitiers, et le Dr Éric Frouin, maître de conférences, praticien hospitalier au CHU de Nîmes et responsable du Programme M. Leurs différentes interventions permettent de dépasser le constat pour interroger ce qui, concrètement, permet aux soignants de tenir dans la durée ou les expose à l’épuisement.

Une souffrance ancienne, longtemps contenue par le silence

Si les chiffres actuels frappent par leur ampleur, la souffrance psychique des soignants n’est pas un phénomène nouveau. Ce qui change, c’est sa visibilité. Pour Jean-Marc Chabannes, psychiatre et chef de service à l’AP-HM, cette évolution ne traduit pas une fragilisation soudaine des professionnels, mais l’effritement progressif d’une culture du déni profondément ancrée.

« La maladie psychique isole, particulièrement dans le monde médical. Le silence et l’isolement sont le marqueur d’une souffrance fondamentale : les soignants se disent qu’ils sont faibles, qu’ils ne peuvent pas parler, et donc ils n’ont pas recours à l’aide. »

Pendant longtemps, consulter un psychiatre restait impensable pour un médecin. La peur de la stigmatisation, du regard des pairs et de l’impact sur la carrière entretenait une logique d’autocensure. Ce silence n’a pas disparu, mais il se fissure sous l’effet de la surcharge chronique, de la perte de sens et des tensions organisationnelles. La parole émerge lorsque le coût psychique devient trop élevé pour être contenu.

Chiffres clés

  • 58 % des médecins et 56 % des infirmiers déclarent un trouble de santé mentale sur l’année écoulée.
  • 77 % des professionnels de santé rapportent un manque chronique de sommeil.
  • Chez les internes, un suicide survient en moyenne tous les 18 jours.

Chiffres partagés lors de la table ronde sur la santé mentale des soignants aux Dialogues de la Santé (Marseille).

Prévention des risques psychosociaux : le rôle de la médecine du travail

Face à cette souffrance souvent silencieuse, la prévention ne peut se limiter à des prises en charge tardives. Le Dr Florence Bajon, médecin du travail à l’AP-HM, insiste sur l’importance d’identifier les signaux faibles et d’agir en amont, à l’échelle individuelle mais aussi collective.

« La qualité de vie au travail, ce n’est pas seulement s’occuper de l’individu en difficulté. C’est interroger l’environnement : l’organisation, les relations, les conditions d’emploi. »

Chez le personnel hospitalier, les facteurs de risques psychosociaux sont multiples : intensité du travail, exigences émotionnelles, sources de stress répété, liées à la souffrance et à la mort, travail de nuit, alternance jour-nuit, violences externes. La médecine du travail occupe une position singulière, à la frontière entre soin, prévention et organisation. Elle rappelle aussi que la santé mentale n’est pas une option, mais une obligation réglementaire de l’employeur. « La prévention des risques psychosociaux est une obligation. Les conditions de travail font partie intégrante de la santé. »

Internes : une vulnérabilité systémique devenue critique

La situation des internes cristallise de manière aiguë les dérives du système hospitalier. Charge de travail excessive, responsabilités précoces, solitude décisionnelle, faible reconnaissance et manque d’encadrement composent un terrain à haut risque d’épuisement professionnel. Benjamin Bigot, interne et représentant des internes, décrit sans détour une réalité devenue insoutenable.

« La santé mentale des internes en France est absolument catastrophique. Un suicide tous les 18 jours, et on en parle à peine. » Derrière ces chiffres, des situations concrètes s’accumulent : semaines à plus de soixante heures, voire quatre-vingts heures, retours le week-end pour absorber une charge administrative irréaliste, décisions médicales lourdes prises dans l’isolement. La fatigue chronique altère le discernement, la capacité d’apprentissage et la sécurité des soins. « Quand vous travaillez 80 heures par semaine, après avoir dormi et mangé, il ne reste plus rien. »

Le « droit au remords », qui permet de changer de spécialité, apparaît alors moins comme un choix que comme une stratégie de survie. Le respect effectif du temps de travail et la qualité de l’encadrement deviennent des déterminants majeurs de la fidélisation et de la santé mentale des jeunes médecins.

Points de vigilance

Un temps de travail excessif n’est pas un rite de passage, mais un facteur de risque avéré.
La solitude décisionnelle fragilise autant la santé mentale que la qualité des soins.
Le non-respect des droits alimente la désaffection durable de certaines spécialités.

Soignant en souffrance et pair-aidance : l’apport du Programme M 

Pour de nombreux soignants, demander de l’aide localement reste difficile. La crainte d’être reconnu, jugé ou exposé freine le recours aux dispositifs internes. C’est dans cet interstice que s’inscrit le Programme M, le dispositif d’écoute et d’accompagnement des soignants en souffrance mis en place par Villa M et son fonds de dotation, présenté par le Dr Eric Frouin. « Pendant des années, on considérait qu’un médecin ne pouvait pas faillir. Dire qu’on va mal, c’est déjà difficile. Dire qu’on a besoin d’aide, c’est encore plus compliqué. »

Inspiré du modèle québécois, le Programme M repose sur la pair-aidance : un soignant écoute un soignant, dans un cadre formé, encadré et strictement confidentiel. L’échelle nationale permet une prise de distance avec l’environnement immédiat, souvent vécu comme contraignant ou culpabilisant. « Le programme ne remplace pas les dispositifs existants. Il intervient quand la personne n’a plus la capacité de s’organiser seule et qu’il faut reconstruire une trajectoire. » La pair-aidance agit alors comme un point d’appui, permettant de restaurer une capacité de décision et d’orientation, notamment dans les situations de burn-out sévère ou d’isolement professionnel.

Femmes soignantes : des risques spécifiques encore sous-estimés

La féminisation massive des professions de santé met en lumière des vulnérabilités spécifiques en matière de santé mentale, au premier rang desquelles les violences sexistes et sexuelles. Pour le Dr Jean-Marc Chabannes, ces situations s’inscrivent dans une histoire hospitalière longtemps structurée par des rapports de pouvoir déséquilibrés, où certaines pratiques ont pu être tolérées ou banalisées. Si ces comportements ne sont aujourd’hui plus acceptables, ils n’ont pas pour autant disparu. La parole des jeunes femmes se libère davantage, mais elle demeure fragile, en particulier lorsque les violences s’exercent dans un cadre hiérarchique. Dire qu’on est victime reste difficile, tant les craintes de stigmatisation, de remise en cause professionnelle ou de représailles demeurent fortes. Cette difficulté à parler se reflète dans les données disponibles : près d’un quart des jeunes femmes à l’hôpital déclarent avoir subi des violences sexistes ou sexuelles. Cette sous-déclaration persistante contribue à maintenir ces violences dans l’angle mort des politiques de prévention, alors même qu’elles ont un impact direct et durable sur la santé mentale des soignantes.

Passer du discours à l’effectivité

Si la santé mentale est désormais affichée comme une priorité nationale, le décalage avec la réalité du terrain demeure. Les dispositifs existent, mais leur impact dépend de leur articulation avec une transformation réelle des organisations. Comme le souligne le Dr Chabannes, la prévention ne peut se réduire à des outils sans effet structurel.

Prendre soin de la santé mentale des soignants suppose de reconnaître la vulnérabilité comme une composante du soin, de garantir le respect des droits et de reconstruire des collectifs de travail soutenables. Sans cela, les dispositifs d’écoute resteront des réponses tardives à des situations déjà dégradées.

Article rédigé à partir de la transcription de la table ronde des DDLS « Santé mentale : les soignants et les étudiants en santé au bord de la crise de nerfs». 22 mai 2025 à Marseille.

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Innovation et santé

Demain tous centenaires ? Prévention, âge biologique et tech pour une santé durable.

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Points essentiels

  • En  prévention, on ne manque pas de connaissances scientifiques, en revanche on ne l’a pas encore optimisé dans le parcours de santé des patients.
  • L’intelligence artificielle permet une analyse en amont de la consultation qui facilite la prescription d’un plan d’action de prévention personnalisé et efficace.
  • Le vieillissement est assimilable à une maladie, au sens où il constitue la cause première de la majorité des pathologies chroniques.
  • Âge biologique, pharmacogénétique et imagerie précoce ouvrent une médecine préventive beaucoup plus ciblée et motivante.
  • Le vieillissement n’est plus seulement une fatalité biologique mais un processus mesurable, qui varie selon les individus et partiellement réversible.
  • La démocratisation de ces outils (questionnaires de santé augmentés par l’IA, mesures d’âge biologique, imagerie précoce et tests pharmacogénétiques…) pose désormais une question d’organisation, de formation et de choix collectifs, plus que de science.

La promesse de vivre plus longtemps en bonne santé n’a jamais été aussi présente dans le débat public. Elle s’appuie sur une accumulation de connaissances scientifiques, d’outils de mesure et d’innovations qui la rendent, en théorie, de plus en plus accessible. Pourtant, dans les pratiques de soin, cette promesse reste difficile à traduire concrètement. La prévention demeure souvent perçue comme une intention louable mais imprécise, cantonnée à des recommandations générales sur l’alimentation, l’activité physique ou les comportements à risque, sans véritable structuration clinique.

Ce décalage entre ce que l’on sait et ce que l’on fait traverse aujourd’hui l’ensemble du champ médical. Les données existent, les marqueurs aussi, mais leur intégration dans des parcours cohérents, suivis dans le temps et adaptés aux réalités du soin reste largement inaboutie. La prévention continue ainsi d’être pensée en amont ou en marge, rarement comme une pratique médicale à part entière, outillée, mesurable et pilotée.

C’est précisément cette impasse que le Pitch Villa M « Demain tous centenaires ? », organisé à Villa M Paris le 2 avril 2025, a cherché à éclairer, en confrontant deux approches complémentaires. Celle du docteur Jérôme Bouaziz, clinicien engagé dans la structuration de parcours de prévention déployables à grande échelle  et fondateur des centre de médecine préventive One Clinic, et celle du professeur Fabrice Denis, spécialiste des liens entre vieillissement biologique, maladies chroniques et nouvelles modalités de mesure de la longévité et fondateur de l’Institut Astrium spécialisé dans la prévention et la recherche en longévité. Leur point commun est clair : la prévention ne manque ni de données ni d’outils, elle manque surtout d’une méthode clinique adaptée aux contraintes réelles du soin.

La prévention entravée par un manque d’exploration et de réflexes cliniques

Une grande partie des pathologies chroniques évitables trouve son origine dans des comportements, des habitudes de vie ou des signaux faibles que la consultation médicale classique ne permet pas toujours d’explorer. Non par négligence, mais par manque de temps, par gêne partagée entre patient et médecin, ou parce que certaines questions semblent hors sujet au regard du motif de consultation.

Quelques exemples d’impact des facteurs de risques sur la santé

  • En Europe, environ 1 cas de cancer du sein sur 4 imputable à l’alcool est lié à une consommation équivalente à 2 petits verres de vin par jour.
  • Entre 30 et 70 ans, 4 décès cardiovasculaires sur 10 sont attribués au tabagisme (infarctus, AVC, artériopathie).
  • En comparaison avec des sujets de poids normal, le surpoids (IMC ≥ 25) multiplie le risque de diabète de type 2 par environ 2,5 chez l’homme et 3 chez la femme.[sante.gouv]​
  • Une hypertension artérielle non contrôlée multiplie par 2 à 4 le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral (AVC), selon la sévérité et la durée.

La démonstration est implacable : consommation de substances, troubles du sommeil, santé mentale, comportements alimentaires ou sexuels influencent directement les risques cardiovasculaires, métaboliques ou oncologiques. Pourtant, ces sujets sont parmi ceux sur lesquels les patients mentent le plus souvent à leur médecin, précisément parce qu’ils touchent à l’intime et à la culpabilité. Résultat, la prévention échoue là où elle pourrait être la plus efficace.

L’exemple clinique rapporté d’une patiente consultant pour fertilité, passée à côté d’un risque cardiovasculaire majeur malgré des symptômes évocateurs, illustre cette limite systémique. Le problème n’est pas l’incompétence médicale, mais l’impossibilité de tout explorer, tout le temps, chez tout le monde.

L’intelligence artificielle comme outil de maïeutique médicale

Plutôt que de promettre des diagnostics automatisés, l’intelligence artificielle est ici mobilisée pour une fonction beaucoup plus fondamentale : aider à poser les bonnes questions. Des questionnaires adaptatifs, envoyés en amont de la consultation, permettent d’explorer en profondeur les antécédents, les habitudes de vie et les facteurs de risque, sans jugement et sans contrainte temporelle.

Les résultats sont significatifs. Sur plusieurs milliers de patients suivis, des opportunités de prévention sont identifiées dans près de huit cas sur dix, et plus d’une fois sur deux sans aucun lien avec le motif initial de consultation. Ce déplacement est majeur : chaque contact avec le système de soins devient une occasion de prévention, indépendamment de la spécialité consultée.

Pour le clinicien, l’enjeu n’est plus de deviner quelles questions poser, mais d’interpréter des scores de risque synthétisés, validés et intégrés au raisonnement médical. La prévention cesse alors d’être une surcharge pour devenir un prolongement naturel de l’acte de soin.

Vieillissement : d’un concept abstrait à une réalité mesurable

La seconde rupture abordée lors de cette rencontre concerne notre compréhension du vieillissement. Longtemps réduit à l’âge chronologique, il est désormais reconnu comme un processus biologique hétérogène, dynamique et différencié selon les organes et les individus. Depuis 2015, le vieillissement est même reconnu comme une maladie, au sens où il constitue la cause première de la majorité des pathologies chroniques.

Les avancées récentes permettent aujourd’hui de mesurer différents âges objectifs : âge métabolique, vasculaire, épigénétique, fonctionnel ou tissulaire. Ces indicateurs révèlent des écarts parfois considérables entre l’âge civil et l’état réel des organes. Deux personnes du même âge peuvent ainsi présenter des trajectoires de vieillissement radicalement différentes, avec des implications majeures en termes de risques et de prévention.

Cette objectivation change profondément la relation au soin. Elle permet non seulement d’identifier des vulnérabilités précoces, mais aussi de mesurer l’impact réel des interventions proposées, qu’il s’agisse de modifications du mode de vie ou de prises en charge médicales ciblées.

Prévenir, c’est éviter l’irréversible

Les exemples cliniques évoqués sont sans appel. Un cancer détecté à un stade précoce par imagerie peut être guéri dans plus de 90 % des cas, là où un diagnostic tardif engage des traitements lourds, coûteux et souvent inefficaces. De même, une sténose carotidienne identifiée avant un accident vasculaire cérébral peut être corrigée par un geste simple, évitant des séquelles irréversibles.

Ces situations rappellent un principe fondamental : tout ce qui est recherché en prévention doit être corrigeable. L’objectif n’est pas d’accumuler des données anxiogènes, mais d’identifier des leviers d’action concrets avant que la pathologie ne s’installe.

Définition

Âge biologique
L’âge biologique correspond à l’état fonctionnel réel de l’organisme, mesuré à partir de marqueurs biologiques, épigénétiques et fonctionnels. Il peut être supérieur ou inférieur à l’âge chronologique et constitue un meilleur prédicteur du risque de maladies chroniques.

Personnalisation extrême : pharmacogénétique et génome actionnable

L’un des apports les plus structurants concerne la pharmacogénétique. L’analyse des enzymes hépatiques impliquées dans le métabolisme des médicaments montre que chacun présente des variations significatives influençant l’efficacité et la toxicité des traitements. Dans certains cas, un médicament standard peut être inefficace, voire dangereux, pour un patient donné. De même, on peut constater des variations de l’efficacité des traitements en fonction du sexe du patient.

Appliquée à la prévention, cette approche permet d’éviter des effets indésirables graves, d’optimiser les prescriptions et de réduire les hospitalisations évitables. Elle illustre une médecine de précision qui ne se limite plus aux maladies rares ou au cancer, mais concerne potentiellement l’ensemble de la population.

Vers une prévention motivante et mesurable

Un point souvent sous-estimé est l’impact motivationnel de ces nouveaux outils. Dire à un patient que son âge biologique dépasse largement son âge chronologique agit comme un électrochoc bien plus puissant que des recommandations générales. À l’inverse, mesurer objectivement un ralentissement du vieillissement après des changements de mode de vie renforce l’adhésion dans la durée.

Cette capacité à mesurer, suivre et ajuster transforme la prévention en un processus dynamique, évalué et partagé entre patient et professionnel de santé.

Ce qu’il faut retenir

L’ambition de devenir tous centenaires en bonne santé n’est plus une utopie technologique. Les outils existent, les preuves s’accumulent et les bénéfices individuels comme collectifs sont documentés. Le véritable défi réside désormais dans l’organisation du système de soins, la formation des professionnels et les choix politiques nécessaires pour démocratiser ces approches.

La prévention n’est plus une option et n’est pas une lubie. Elle devient, progressivement, une discipline clinique à part entière, fondée sur des données, des questions bien posées et une médecine enfin capable d’anticiper plutôt que de réparer au bénéfice de tous.

Article rédigé à partir de la transcription du Pitch Villa M « Demain, tous centenaires ? ». 2 avril 2025 à Villa M Paris. 

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Sport santé

Boxe à l’hôpital : le cardio-boxing comme espace de respiration pour les soignants

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Points essentiels

  • L’Organisation mondiale de la santé recommande au moins 150 minutes par semaine d’activité physique d’intensité modérée chez l’adulte, un objectif difficile à atteindre pour de nombreux soignants en raison des contraintes professionnelles.
  • Pensé pendant la crise sanitaire, le programme de prévention Boxe à l’hôpital propose des séances de cardio-boxing directement au sein des établissements de santé, à destination des équipes soignantes.
  • Le dispositif repose sur une pratique accessible, sans compétition ni affrontement, conçue pour s’intégrer au quotidien hospitalier et lever les freins à la pratique d’une activité physique régulière.
  • Les participants décrivent des effets immédiats sur la récupération physique, la gestion du stress et la fatigue mentale, après des journées de travail souvent éprouvantes.
  • L’initiative s’inscrit dans une approche de prévention globale, sans se substituer aux dispositifs de prise en charge médicale ou psychologique lorsque ceux-ci sont nécessaires.

Depuis plusieurs années, la question de la santé des soignants s’impose comme un enjeu central du fonctionnement hospitalier. Charge émotionnelle, contraintes organisationnelles, tensions relationnelles, fatigue chronique : la crise sanitaire n’a fait que rendre visibles des fragilités déjà présentes. C’est dans ce contexte qu’a émergé, en 2020, le programme de prévention « Boxe à l’hôpital », déployé par Villa M pour les équipes soignantes.

Loin d’une approche sportive classique ou performative, le dispositif s’appuie sur le cardio-boxing comme outil de prévention et de mieux-être au travail. Il s’adresse spécifiquement aux équipes soignantes, avec une ambition claire : créer, au cœur même de l’hôpital, un espace de respiration physique et mentale, sans ajouter de contrainte supplémentaire à des emplois du temps déjà saturés.

Intégrer l’activité physique dans le quotidien des hospitaliers

Boxe à l’hôpital a été conçu pour s’adapter aux réalités du terrain hospitalier. Les séances sont organisées directement au sein des établissements, en fin de service ou sur des créneaux compatibles avec les contraintes des équipes. À l’hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, par exemple, des soignants se retrouvent chaque semaine pour une session collective de 45 minutes, encadrée par un coach professionnel.

Cette intégration au lieu de travail constitue un point clé du dispositif. Elle limite les freins habituellement associés à la pratique sportive, notamment le manque de temps, la fatigue en fin de journée ou la nécessité de se déplacer. Aucun prérequis physique n’est exigé, et l’approche se veut volontairement inclusive, quels que soient l’âge, la condition physique ou l’expérience sportive des participants.

Une pratique sans affrontement, centrée sur l’engagement corporel

La cardio-boxe proposée dans le cadre du programme s’inspire des mouvements de la boxe, mais sans opposition ni contact. Les séances combinent enchaînements dynamiques, travail cardio, coordination et mobilité, dans un cadre sécurisé et bienveillant. L’objectif n’est ni la performance, ni la technicité, mais l’engagement du corps et le relâchement des tensions accumulées.

Ce positionnement est essentiel pour lever les réticences de soignants peu familiers de l’activité physique ou éloignés des pratiques sportives compétitives. Chacun peut s’engager à son rythme, sans jugement, dans un collectif qui partage les mêmes contraintes professionnelles.

Michèle, infirmière à l’hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, décrit ainsi son expérience : « Ça déstresse. Après une journée compliquée, ça fait du bien. » Ce temps dédié permet aux participants de se reconnecter à leurs sensations corporelles, dans un environnement qui tranche avec le rythme et la pression du quotidien hospitalier.

Sans se revendiquer comme un programme thérapeutique, Boxe à l’hôpital repose néannmoins sur une activité physique complète. Les enchaînements sollicitent le système cardiovasculaire, les muscles des membres supérieurs et inférieurs, ainsi que les capacités de coordination et d’équilibre.

Pratiquée de manière régulière et encadrée, cette combinaison contribue au maintien de l’endurance physique, à l’amélioration de la capacité fonctionnelle et à une meilleure aisance dans le mouvement. L’absence de confrontation directe et la progressivité des exercices favorisent une adhésion durable, sans risque de découragement ou de sursollicitation.

Ce que montre la littérature sur l’activité de type cardio-boxing

  • Les activités physiques d’intensité modérée à soutenue réduisent le risque de maladies cardiovasculaires de 20 à 30% lorsqu’elles sont pratiquées régulièrement.
  • Les exercices combinant cardio et coordination sont associés à une diminution du stress perçu et à une amélioration du bien-être psychologique.
  • Chez les adultes actifs, une pratique régulière est corrélée à une amélioration de la qualité du sommeil et à une réduction de la fatigue mentale.

Sources : Organisation mondiale de la santé, American College of Sports Medicine.

Un impact ressenti sur la fatigue mentale et émotionnelle

Au-delà de l’effort physique, les participants mettent en avant les effets ressentis sur le plan mental. Les séances offrent un espace de relâchement émotionnel, où l’attention se concentre sur le mouvement, la respiration et la dynamique collective. Cette focalisation corporelle agit comme une parenthèse, permettant une récupération mentale perceptible après des journées souvent éprouvantes. Anne-Marie, infirmière de bloc opératoire, témoigne :« Je n’étais pas du tout sportive. J’ai été malade et on m’a conseillé de reprendre une activité physique. Ces cours à l’hôpital sont tombés à point. Grâce à eux, je revis. » Et c’est bien là, un des points essentiels du dispositif : soutenir les soignants sans leur imposer une injonction supplémentaire à aller mieux, mais en leur proposant un cadre accessible et concret.

Points de vigilance

L’activité physique contribue au bien-être physique et mental, mais ne se substitue pas à une prise en charge médicale ou psychologique lorsque celle-ci est nécessaire. Les dispositifs de sport-santé s’inscrivent dans une approche globale de prévention et doivent être pensés en complémentarité avec les autres ressources disponibles.

 

 

EN SAVOIR PLUS SUR BOXE À L’HÔPITAL

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Prévention & bien-être

Soumission chimique : déconstruire les idées reçues pour mieux repérer et protéger les victimes

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Points essentiels

  • La soumission chimique et la vulnérabilité chimique sont deux réalités distinctes, mais fondées sur des mécanismes de violence similaires.
  • Contrairement aux idées reçues, les victimes ne correspondent à aucun profil type : tous les âges, tous les milieux et tous les contextes sont concernés.
  • Dans plus d’un cas sur deux, les substances impliquées sont des médicaments courants, souvent difficiles à détecter.
  • L’accueil et la posture des professionnels de santé jouent un rôle déterminant dans la prise en charge.
  • Les idées reçues restent aujourd’hui l’un des principaux freins à l’identification et à la prévention.

La soumission chimique évoque encore, pour beaucoup, les milieux festifs et l’usage de substances comme le GHB. Une vision réductrice, qui masque une réalité bien plus large. De nombreuses substances, le plus souvent des médicaments courants, peuvent être administrées en tous lieux, à l’insu des victimes, non seulement par des inconnus, mais le plus souvent par des personnes de confiance. Leur objectif est toujours le même : réduire la vigilance et altérer le discernement pour pouvoir passer à l’acte. « La soumission chimique ne se limite ni aux soirées festives, ni à une drogue en particulier », rappelle ainsi Dr Leila Chaouachi.

Cette violence invisible traverse l’ensemble des sphères de la vie quotidienne : familiale, amicale, professionnelle. Si les victimes sont majoritairement des femmes, les signalements concernent également des hommes, et en âge, aussi des enfants et des personnes âgées, toutes classes sociales confondues. Longtemps sous-estimée, la soumission chimique constitue aujourd’hui un enjeu non-négligeable de santé publique, tant par sa fréquence que par ses conséquences médicales, psychologiques et judiciaires.

C’est à partir de ce constat qu’une conférence organisée à Villa M Paris, dans le cadre des Pitchs des Dialogues de la Santé Villa M, a donné la parole au Dr Leïla Chaouachi, docteure en pharmacie et fondatrice du Centre de Référence sur les Agressions Facilitée par les Substances (CRAFS – AP-HP). Son intervention invite à dépasser les représentations simplistes pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, identifier les situations à risque et adapter les pratiques professionnelles. Car derrière des termes parfois mal compris se joue un enjeu central : reconnaître des violences souvent banalisées et améliorer l’accueil et la protection des victimes.

Soumission chimique et vulnérabilité chimique : une distinction essentielle

La confusion entre soumission chimique et vulnérabilité chimique reste fréquente, y compris dans le champ du soin. La première désigne l’administration, à l’insu de la victime, d’une substance psychoactive dans un objectif criminel ou délictuel. La seconde correspond à l’exploitation, par un agresseur, d’une consommation volontaire, que ce soient d’alcool, de médicaments, ou de substances illicites.

« Que la consommation soit volontaire ou non ne change rien : personne n’a le droit d’agresser », rappelle Leïla Chaouachi. Pourtant, dans les parcours de soins, la consommation volontaire demeure trop souvent interprétée comme un facteur de responsabilité, ce qui retarde l’accès à une prise en charge adaptée.

Définitions

Soumission chimique
Administration à l’insu d’une victime d’une substance psychoactive (médicament, alcool, drogue) afin de commettre un crime ou un délit.

Vulnérabilité chimique
Situation de fragilité liée à une consommation volontaire, exploitée par un agresseur

Un phénomène ancien, longtemps relégué aux marges

Contrairement à une idée répandue, la soumission chimique n’a rien d’un phénomène récent. Les procédés sont anciens et documentés de longue date. Dès les années 1980, des médecins légistes décrivaient déjà des situations de violences facilitées par substances, notamment chez l’enfant.

Depuis 1997, la France mène une enquête pharmaco-épidémiologique annuelle sur les agressions facilitées par substances, un dispositif encore unique à l’échelle internationale. Ces données ont permis de mieux objectiver un phénomène longtemps invisibilisé, mais dont l’impact sanitaire et sociétal est aujourd’hui clairement établi.

Contrairement à une idée répandue, la soumission chimique n’a rien d’un phénomène récent. Les procédés sont anciens et documentés de longue date. Dès les années 1980, des médecins légistes décrivaient déjà des situations de violences facilitées par substances, notamment chez l’enfant.

Depuis 1997, la France mène une enquête pharmaco-épidémiologique annuelle sur les agressions facilitées par substances, un dispositif encore unique à l’échelle internationale. En 2022, cette enquête a analysé 1 229 situations de soumission chimique ou de vulnérabilité chimique jugées vraisemblables, illustrant l’ampleur d’un phénomène longtemps invisibilisé mais dont l’impact sanitaire et sociétal est aujourd’hui clairement établi (ANSM, enquête nationale sur les agressions facilitées par substances, réseau d’addictovigilance).

Des idées reçues qui empêchent de détecter les victimes

Le principal obstacle reste la persistance de stéréotypes. « Si vous ne cherchez que des jeunes femmes en discothèque, vous passez à côté de nombreuses victimes », alerte la pharmacienne. En réalité, les contextes sont multiples et souvent éloignés de l’imaginaire collectif.

Autre idée reçue tenace : celle de la « drogue du viol ». Dans plus de la moitié des cas, les substances identifiées sont des médicaments courants, benzodiazépines, antihistaminiques, opioïdes, facilement accessibles. « Ce sont des produits incolores, inodores, insipides et souvent amnésiants », souligne-t-elle, rendant toute détection quasi impossible pour la victime.

Ces représentations erronées alimentent la culpabilité, retardent la consultation et compliquent le repérage clinique.

L’accueil des victimes : un moment clé pour les professionnels de santé

Les échanges avec les soignants mettent en évidence un point central : la première réponse conditionne l’ensemble du parcours. « L’accueil est déterminant : c’est souvent là que tout se joue, ou se perd », insiste Leïla Chaouachi. Même en l’absence de plainte immédiate, il est essentiel de sécuriser les preuves biologiques et d’adopter une posture non jugeante.

Que faire en pratique ?

  • Écouter et croire la parole de la victime
  • Réaliser des prélèvements biologiques précoces
  • Documenter précisément les symptômes observés
  • Orienter vers des structures spécialisées (CRAFS)
  • Informer sur les démarches possibles, sans les imposer

Former, outiller et changer de regard

Malgré l’existence de données solides, la prise en charge reste hétérogène. Manque de protocoles clairs, méconnaissance des délais toxicologiques, insuffisance de formation initiale et continue : de nombreux professionnels se disent encore démunis. Cette situation contribue à l’errance des victimes et à une perte de chances médico-légales.

« Les idées reçues invisibilisent les victimes », résume la spécialiste. Pour les professionnels de santé, la soumission chimique n’est plus un sujet marginal : elle impose une montée en compétence, mais surtout un changement de regard, afin d’inscrire pleinement ces violences dans le champ du soin.

Du nouveau en 2026

Depuis le 1er janvier 2026, une expérimentation permet, dans trois régions (Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire), le remboursement à 100 % des analyses toxicologiques en cas de suspicion de soumission chimique sans dépôt de plainte préalable.

Les prélèvements nécessaires à l’expérimentation peuvent être réalisés par les infirmiers, notamment pour réduire les délais et acheminer rapidement les échantillons au laboratoire.

Et point important : des infirmiers travaillant dans des protocoles locaux de coopération, avec délégation médicale, peuvent prescrire ces examens et réaliser les prélèvements correspondants.

 

Reconnaître la soumission chimique comme un enjeu de santé publique à part entière est aujourd’hui indispensable. Tant que les représentations primeront sur les données, de nombreuses victimes continueront d’échapper au système de soins.
Mieux comprendre ces mécanismes, c’est renforcer la capacité des professionnels de santé à repérer, protéger et accompagner, au cœur même de leur responsabilité humaine et éthique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Pitch Villa M Paris « Soumission et vunérabilité chimiques. Débusquer les idées reçues. Intervention de la Dre Leila Chaouachi. 30 septembre 2025.

 

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