Blog Villa M - Image large-4
RETOURNER AU BLOG

Prévention & bien-être

Bien vieillir : ce que la médecine peut vraiment changer

RETOURNER AU BLOG

Points essentiels

  • Bien vieillir ne signifie pas nécessairement vivre plus longtemps, mais préserver le plus longtemps possible son autonomie, ses capacités physiques, cognitives et sociales.
  • Parmi les leviers évoqués lors du Pitch des Dialogues de la Santé, le maintien de la masse musculaire, l’activité physique, la lutte contre la sédentarité et le dépistage occupent une place centrale.
  • Les nouveaux tests et biomarqueurs n’ont d’intérêt que s’ils permettent d’agir. Le Dr Jérôme Bouaziz propose trois critères pour les évaluer : être « actionnables, admis et accessibles ».
  • La prévention ne se réduit pas à connaître ses risques. Modifier durablement les comportements suppose un accompagnement, une compréhension des motivations individuelles et une organisation des soins adaptée.
  • L’essor de la longévité, des objets connectés et des bilans sophistiqués impose de distinguer les outils réellement utiles des promesses technologiques ou commerciales encore insuffisamment étayées.

Vivre jusqu’à 90 ans est une chose. Pouvoir, à cet âge, se déplacer seul, voir ses proches, faire ses courses ou simplement porter sa valise en est une autre. Derrière l’expression très médiatisée de « bien vieillir », l’enjeu médical est peut-être moins de repousser indéfiniment la mort que de retarder la perte de fonction et la dépendance. 

C’est cette frontière entre promesses et pratiques utiles qui était au cœur du Pitch des Dialogues de la Santé organisé à Villa M Paris autour du thème « Bien vieillir et médecine : démêler l’utile du futile ». Le débat réunissait le Dr Jérôme Bouaziz, fondateur de One Clinic et médecin spécialisé en prévention, le Dr Guillaume Pourcher, chirurgien spécialiste de l’obésité et directeur santé de Villa M, et Vladimir Smekhov, fondateur du média Heiven Longévité. Trois regards différents pour poser une même question : dans un domaine où se multiplient tests biologiques, objets connectés, bilans prédictifs, programmes nutritionnels et discours sur la longévité, qu’est-ce qui peut réellement modifier notre trajectoire de santé ? 

Bien vieillir, c’est d’abord préserver ses fonctions

La première difficulté tient à la définition même du vieillissement. Un âge civil ne suffit pas à dire si une personne « vieillit bien ». Pour le Dr Guillaume Pourcher, le sujet est avant tout celui de la fonction et du bien-être : une personne vivant avec une maladie chronique peut néanmoins conserver une autonomie, une vie sociale et des capacités compatibles avec ses propres objectifs. 

Cette logique explique aussi l’importance prise par la santé musculaire. La sarcopénie, c’est-à-dire la diminution progressive de la masse et des capacités musculaires, ne concerne pas uniquement la performance physique. Le muscle intervient dans l’autonomie mécanique, mais également dans les régulations métaboliques. D’où un changement de perspective : le renforcement musculaire ne peut plus être considéré comme une pratique réservée à la recherche esthétique ou à la performance sportive. 

« S’il y a une chose à augmenter, c’est le muscle », résume le Dr Jérôme Bouaziz. Le message vaut particulièrement à partir du milieu de la vie, lorsque la préservation du capital musculaire devient un enjeu pour les décennies suivantes. 

Définition : la sarcopénie

La sarcopénie désigne une perte progressive de masse et de fonction musculaires. Au-delà de la diminution de la force, elle peut contribuer à la perte d’autonomie avec l’avancée en âge. Dans le débat, les intervenants insistent donc sur l’intérêt du renforcement musculaire, associé au travail des capacités cardiovasculaires et à la lutte quotidienne contre la sédentarité. 

Prévenir tôt sans transformer la vie en check-up permanent 

L’essor de la médecine de la longévité pose cependant une difficulté : jusqu’où faut-il mesurer ? Génome, épigénétique, métabolomique, âge biologique, sommeil, glycémie, composition corporelle, capacités cardiovasculaires… Les possibilités d’évaluation se multiplient, mais l’accumulation d’informations ne constitue pas en elle-même une stratégie de prévention. 

Mais que faire de toutes ces données ? C’est précisément là que se situe l’un des enjeux du débat. Pour le Dr Jérôme Bouaziz, trois critères permettent de distinguer un outil potentiellement utile d’un examen qui risque surtout d’ajouter de l’information : il doit être « actionnable, admis et accessible ».

Être actionnable signifie que le résultat peut conduire à une décision ou à une intervention. Être admis suppose que son intérêt repose sur un niveau de preuve suffisant. Être accessible renvoie enfin à une question de santé publique : une stratégie de prévention ne peut pas être pensée uniquement pour les personnes disposant des moyens de multiplier les examens spécialisés.

Cette grille permet de remettre à sa juste place la fascination actuelle pour les biomarqueurs. Mesurer un « âge biologique » ou explorer très largement le génome peut produire beaucoup d’informations sans nécessairement apporter une réponse thérapeutique immédiate. À l’inverse, certains facteurs très ordinaires restent insuffisamment recherchés alors qu’ils peuvent déboucher sur une intervention concrète. 

L’audition en fournit un bon exemple. Le débat a rappelé l’intérêt d’identifier une baisse auditive et de ne pas considérer systématiquement celle-ci comme un simple désagrément inévitable de l’âge. 

La prévention pose ainsi une question de hiérarchie : avant de chercher toujours plus loin, utilisons-nous correctement ce que la médecine sait déjà détecter et prendre en charge ?

Bouger davantage : le levier simple que la sophistication ne doit pas faire oublier 

Le paradoxe de la médecine de la longévité est peut-être là : alors que les outils de mesure deviennent de plus en plus sophistiqués, plusieurs des leviers les plus importants restent extrêmement simples.

Le mouvement en est l’illustration. L’activité physique structurée compte, mais la lutte contre la sédentarité au fil de la journée également. Le Dr Guillaume Pourcher évoque notamment des travaux montrant l’effet métabolique de ruptures régulières du temps passé assis. Pour une population dont une partie importante de la journée se déroule devant un écran, se lever régulièrement et effectuer quelques mouvements constitue déjà une intervention concrète. 

Le même principe vaut pour l’alimentation. Face aux modes successives, le Dr Guillaume Pourcher invite à ne pas confondre popularité d’une pratique et niveau de preuve. Interrogé sur le jeûne intermittent, il rappelle notamment que les données doivent être considérées avec prudence et que la restriction peut être inadaptée dans certaines situations pathologiques, notamment dans la prise en charge de l’obésité.

Cette dernière constitue précisément un exemple des limites d’un discours exclusivement centré sur les comportements. L’obésité ne peut être ramenée à un manque de volonté ou à de « mauvaises habitudes ». Elle implique des mécanismes métaboliques complexes et, dans ses formes sévères, nécessite une véritable prise en charge thérapeutique. Prévenir ne signifie donc pas substituer des conseils d’hygiène de vie au soin lorsqu’une maladie est déjà installée. 

Pourquoi connaître le bon comportement ne suffit pas 

Nous savons collectivement beaucoup de choses : bouger, ne pas fumer, préserver son sommeil, surveiller certains facteurs de risque, participer aux dépistages recommandés. Pourtant, la connaissance seule modifie rarement durablement les trajectoires. 

« Une ordonnance, ça n’a jamais modifié une hygiène de vie ou un comportement », souligne le Dr Jérôme Bouaziz. Dire à une personne de pratiquer une activité physique ou de modifier son alimentation est relativement simple. Comprendre pourquoi elle ne parvient pas à le faire, identifier le levier susceptible de la mobiliser et l’accompagner dans la durée est autrement plus complexe. Les contraintes professionnelles, familiales et économiques, l’accès à une alimentation de qualité, la disponibilité des équipements sportifs ou simplement le temps dont dispose une personne influencent directement sa capacité à modifier ses habitudes.

Pour Vladimir Smekhov, l’enjeu est précisément de changer d’échelle : la longévité ne peut être pensée uniquement pour les catégories les mieux informées. Les technologies et l’intelligence artificielle pourraient faciliter l’accompagnement ou préparer certaines consultations, mais elles ne résolvent pas à elles seules la question de l’accès. 

Faire de chaque contact avec le système de santé une occasion de prévenir

Reste une question structurante pour les professionnels : qui doit porter cette prévention ? 

La réponse esquissée pendant le débat dépasse largement le seul médecin généraliste. Médecins spécialistes, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes, diététiciens et autres professionnels peuvent contribuer au repérage des risques et à leur accompagnement.

Le Dr Jérôme Bouaziz défend une idée concrète : chaque contact avec un professionnel de santé pourrait devenir une occasion de rattraper un retard de prévention. Une patiente consultant un spécialiste pour un motif précis peut aussi présenter un retard de dépistage ou un facteur de risque sans rapport immédiat avec la spécialité concernée. Des questionnaires préparatoires et des outils numériques peuvent aider à faire émerger ces informations sans transformer la consultation en inventaire interminable. 

L’intelligence artificielle pourrait également trouver sa place dans cette organisation, notamment pour préparer les consultations, synthétiser des informations ou faciliter le suivi. Mais les intervenants convergent sur un point essentiel : comprendre ce qu’un patient est prêt à entendre, ce qui compte pour lui et ce qu’il est réellement capable de changer ne remplace pas l’arbitrage humain.

Que retenir pour la pratique ?

Avant d’envisager des examens sophistiqués, la discussion invite à revenir à quelques priorités : repérer les facteurs de risque modifiables, préserver la masse et la fonction musculaires, rompre les périodes prolongées de sédentarité, vérifier les dépistages pertinents et construire des objectifs adaptés au patient. Les outils numériques peuvent soutenir cette démarche, mais ils prennent leur sens lorsqu’ils débouchent sur un accompagnement concret. 

 

RETROUVER LE REPLAY DU PITCH